Un adulte sur vingt-cinq est en situation d’illettrisme, contre un sur quatorze en 2011.
La France compte 1,4 million de personnes en situation d’illettrisme, soit 4 % des adultes ayant été scolarisés dans le pays. Ils étaient 7 % onze ans plus tôt.
d'illettrisme en France
Le chiffre vient de l’enquête Formation tout au long de la vie, menée par l’Insee auprès des 18-64 ans avec l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme et la direction de l’évaluation du ministère de l’Éducation. Les difficultés à l’écrit, sans atteindre le seuil de l’illettrisme, ont reculé dans le même mouvement, de 16 % à 10 % de la population, tandis que les difficultés en calcul, qui touchent 12 % des adultes et s’ajoutent le plus souvent aux premières, n’ont pour leur part presque pas bougé.

L’illettrisme désigne en France une situation précise : des personnes qui ont été scolarisées dans le pays mais qui ne parviennent pas à lire un texte simple ou à rédiger un message, ce qui ne se confond ni avec l’analphabétisme, lequel suppose l’absence de scolarisation, ni avec la maîtrise imparfaite du français par des personnes venues d’ailleurs.
Reste à comprendre d’où vient le recul, et la réponse de l’Insee est inattendue. Ce ne sont pas les adultes en difficulté qui ont progressé : l’institut observe au contraire que les compétences s’améliorent peu une fois passé l’âge de la scolarité. Le progrès vient du renouvellement des générations.
Autrement dit, les personnes nées dans les années 1940 et 1950, les plus en difficulté, ont quitté le champ de l’enquête, et celles qui les ont remplacées, nées entre 1995 et 2005, ne sont que 5 % à rencontrer des difficultés face à l’écrit. L’école n’a pas rattrapé les adultes : elle a mieux formé ceux qui venaient après.

L’Insee prend soin d’encadrer sa propre comparaison. Les 16-17 ans et les plus de 65 ans, interrogés en 2011, ne l’ont pas été en 2022, et le protocole d’enquête a changé entre les deux éditions d’une manière que l’institut qualifie de difficilement mesurable. Le sens du mouvement ne fait pas de doute, son ampleur exacte, davantage.
La difficulté reste très inégalement répartie : elle touche plus souvent les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville et des départements d’outre-mer, et elle suit de près le niveau de diplôme — celui de la personne, mais aussi, et c’est le plus frappant, celui de ses parents.
Elle a enfin des conséquences qu’on mesure mal. Les personnes en difficulté face à l’écrit utilisent moins Internet et entreprennent beaucoup moins souvent leurs démarches administratives elles-mêmes, à l’heure où l’essentiel de ces démarches est passé en ligne — de sorte qu’une difficulté scolaire ancienne se transforme, quarante ans plus tard, en non-recours à des droits.
Trois points gagnés en onze ans, c’est lent. Mais c’est la première fois qu’on peut le dire avec des chiffres.
Sources : Insee Première n° 1993 — En 2022, un adulte sur dix rencontre des difficultés à l’écrit (avril 2024) · ANLCI — En France, 1 400 000 personnes sont confrontées à l’illettrisme