Quatre mille personnes que plus personne n’embauchait travaillent en CDI.

Quatre mille personnes que plus personne n’embauchait travaillent en CDI.

Vérifié · 3 sourcesN° 07228 Oct 26

Onze mille trois cents à treize mille sept cents euros par an : c’est ce que coûte réellement à la collectivité, une fois déduites les aides qu’il fait économiser, un emploi créé par l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée.

4 051salariés en contrat
à durée indéterminée

Le principe, inscrit dans la loi depuis 2016, tient en trois paris : personne n’est inemployable, ce n’est pas le travail qui manque, ce n’est pas l’argent qui manque. Des entreprises à but d’emploi recrutent en contrat à durée indéterminée, à temps choisi et près du domicile, des personnes privées d’emploi depuis plus d’un an, et mi-2025 elles employaient 4 051 salariés dans 92 entreprises réparties sur 83 territoires.

Photo : Alextredz / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Le comité scientifique chargé de l’évaluation a publié son rapport en septembre 2025. Il chiffre le coût brut d’un poste à 26 600 euros par équivalent temps plein, auxquels s’ajoute une dotation de démarrage de 6 200 euros. En face, les allocations que l’emploi fait économiser et les cotisations qu’il génère représentent entre 12 900 et 15 300 euros.

Le solde est donc positif, et il est assumé. « On a un coût significatif, qui est loin de la neutralité budgétaire promise à l’origine par les porteurs de projets », a déclaré Yannick L’Horty, président du comité scientifique, en présentant les résultats. La promesse initiale d’une opération blanche pour les finances publiques n’est pas tenue.

Reste ce que l’argent achète. Les personnes recrutées ont 45 ans en moyenne, contre 36 ans dans les structures classiques d’insertion, les femmes y sont surreprésentées comme les personnes en situation de handicap, et les difficultés de déplacement y sont fréquentes. Le comité estime que la plupart d’entre elles n’auraient sans doute pas retrouvé un emploi sans ce dispositif.

Photo : Jorge Royan / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0

« L’expérimentation a rencontré un public qui n’est pas dans le radar des dispositifs d’insertion tels qu’ils existent aujourd’hui », résume Yannick L’Horty. C’est la ligne de partage la plus intéressante du rapport : il ne s’agit pas de faire moins cher que les autres outils, mais d’atteindre ceux que les autres outils ne voient pas.

Le rapport relève un second effet, moins attendu. À l’échelle d’un quartier ou d’un petit groupe de communes rurales, les comités locaux pour l’emploi ont créé un degré de coopération inhabituel entre élus, service public de l’emploi et acteurs de l’économie sociale, loin des directives descendantes.

Les réserves sont nettes. Les entreprises à but d’emploi restent financièrement fragiles, on en sort peu, et certains de leurs dirigeants sont décrits comme épuisés par des contraintes inconciliables. La Cour des comptes, parvenue en juin 2025 aux mêmes conclusions — innovant, efficace, coûteux —, recommandait déjà la pérennisation, et le comité la recommande à son tour, mais avec un ciblage plus strict des territoires et des bénéficiaires.

Dix ans d’expérimentation n’auront pas servi à savoir si c’était possible. Ils auront servi à savoir combien ça coûte.

Sources : Comité scientifique de l’évaluation — Rapport final de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée (septembre 2025) · Cour des comptes — L’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » (juin 2025)