Les entreprises créées en France durent plus longtemps qu’il y a dix ans.
Si vous montez une entreprise cette année, vous avez de meilleures chances de la voir atteindre son cinquième anniversaire que si vous l’aviez créée en 2014. C’est l’un des rares indicateurs économiques français dont la courbe monte sans discussion.
actives cinq ans après
L’Insee suit une génération d’entreprises tous les quatre ans à travers son enquête Sine. Sur celles nées au premier semestre 2018, hors micro-entrepreneurs, 69 % étaient encore actives cinq ans plus tard, contre 61 % pour la génération de 2014 — huit points d’écart.

L’institut corrige lui-même son propre chiffre, et c’est ce qui rend l’exercice intéressant. Une partie de la hausse ne tient pas à la solidité des entreprises mais à leur composition : l’élargissement du régime de micro-entrepreneur en 2018 a détourné vers ce statut des créateurs qui, quatre ans plus tôt, auraient monté une entreprise individuelle classique, plus fragile. Une fois cet effet neutralisé, le gain réel est de cinq points et non de huit — une différence qui paraît technique, et qui sépare pourtant une information d’un argument.
L’enquête identifie aussi ce qui aide une entreprise à tenir, à caractéristiques égales par ailleurs : des moyens financiers plus élevés au lancement, une expérience préalable du métier, et la présence d’au moins un salarié dès la création. Rien de spectaculaire, mais des facteurs que les dispositifs d’accompagnement savent soutenir.
Derrière la moyenne, les écarts sont considérables. Les sociétés passent le cap à 70,6 %, les entreprises individuelles à 63,3 %. Par secteur, la finance et l’assurance tiennent le haut du tableau à 77 %, le commerce le bas à 64 %, et dans l’automobile le contraste est net entre la vente de véhicules, à 54 %, et leur entretien, à 75 %.

Un résultat contre-intuitif mérite d’être relevé : à caractéristiques égales, les chances de survie d’une entreprise augmentent à mesure qu’elle s’éloigne des grands pôles d’emploi et de population, l’Insee avançant pour l’expliquer une concurrence plus forte dans les communes densément peuplées.
Les sociétés coopératives, elles, revendiquent 79 % de pérennité à cinq ans. Le chiffre est publié par leur propre fédération, et il est systématiquement comparé aux 69 % de l’Insee pour conclure que les entreprises détenues par leurs salariés résistent mieux.
Cette comparaison ne tient pas rigoureusement. L’Insee suit une cohorte unique, celle de 2018, en excluant les micro-entrepreneurs ; la fédération compte ses adhérents en 2025, sur un périmètre et une méthode qui lui sont propres. Les deux nombres sont justes, ils ne mesurent simplement pas la même chose — et le second émane d’une partie intéressée, ce qui ne le disqualifie pas mais impose de le dire.
Ce qu’on peut affirmer tient en une ligne : il est un peu moins risqué de se lancer aujourd’hui qu’il y a dix ans. Le reste demande de meilleures données.
Sources : Insee Première n° 2070 — Entreprises créées en 2018 : 69 % sont encore actives cinq ans après leur création (septembre 2025) · Insee Première n° 1852 — En 2019, 61 % des entreprises classiques créées cinq ans plus tôt sont toujours actives (avril 2021)