Le système de soins français sauve plus de vies que ceux de ses voisins.
On décrit volontiers l’hôpital français comme à bout de souffle, et pourtant, sur la mesure qui compte précisément les morts que des soins donnés à temps auraient empêchées, la France figure parmi les tout premiers pays d’Europe.
à temps auraient évités, contre 86,8 dans l'Union
Le taux s’établit à 58,8 décès pour 100 000 habitants en 2023, quand la moyenne des Vingt-Sept atteint 86,8 pour la même année. L’écart dépasse le tiers, et il ne tient pas à une année particulièrement favorable. Rapporté à la population française, il représente chaque année plusieurs milliers de décès qui ne surviennent pas ici alors qu’ils surviendraient ailleurs en Europe.
La courbe descend depuis longtemps et sans à-coups : elle valait 62,5 en 2016, 61,2 en 2018, 59,0 en 2020, et 58,8 sept ans après son point de départ, dans un mouvement que l’épidémie elle-même n’a pas renversé.
L’indicateur ne mesure pas la santé des Français mais le travail du système de soins, puisqu’il compte les décès qui n’auraient pas dû survenir si le diagnostic, l’orientation et le traitement étaient arrivés au bon moment.
La Drees le résume sans détour dans ses fiches de comparaison internationale, où la mortalité évitable française est dite « parmi les plus faibles d’Europe », un classement qui tient d’une édition à l’autre et que les séries européennes confirment. Ses Études et Résultats de juillet 2025 relèvent par ailleurs un recul du taux standardisé de mortalité toutes causes confondues.
L’autre moitié de l’indicateur, en revanche, ne suit pas du tout le même chemin. La mortalité qu’une prévention efficace aurait évitée — tabac, alcool, accidents, dépistages manqués — s’établit à 127,2 pour 100 000 habitants en 2023.
Or ce même chiffre valait 127,9 en 2018, de sorte qu’en cinq ans il est revenu très exactement d’où il était parti, après avoir culminé à 145,2 en 2021. Le système soigne mieux qu’avant ; il ne prévient pas davantage. La moyenne européenne, elle, est repassée sous son niveau de 2018 sur ce même indicateur, ce qui rend le surplace français d’autant plus visible.
Le contraste entre les deux moitiés est d’ailleurs ce que l’épidémie a révélé de plus net. Pendant que la mortalité liée à la prévention bondissait de près de vingt points, celle qui dépend des soins est restée presque stable, autour de 59.
On a donc, à la fois, un système de soins fatigué, inégalement réparti sur le territoire, et l’un des systèmes qui rattrapent le mieux en Europe ce qui peut encore l’être. Les deux constats ne s’annulent pas : ils désignent simplement deux chantiers différents, et un seul des deux a avancé depuis cinq ans. Savoir lequel est déjà une façon de savoir par où commencer.
Sources : Eurostat — Avoidable deaths, treatable and preventable mortality (hlth_cd_apr), taux standardisés, extraits le 1er novembre 2026 · Drees — Mortalité évitable, comportements à risque et dépenses de prévention, fiche 32