Le gazole a pris 44,1 % en un an quand l’alimentation n’a augmenté que de 1,4 % : c’est à la pompe que les prix ont flambé, et que les bénéfices records se concentrent.
En septembre 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an, selon l’Insee, et l’essentiel de la hausse vient de l’énergie, en hausse de 21,3 %. Le gazole a pris 44,1 % en un an, l’essence 25,7 % et les produits pétroliers dans leur ensemble 36,2 %.
alimentation : +1,4 % (sept. 2026)
L’alimentation, elle, n’a augmenté que de 1,4 % sur la même période. Les produits frais ont grimpé de 9,5 %, ce que l’Insee relie aux vagues de chaleur, mais le reste de l’alimentation n’a pris que 0,4 %. Pour un ménage, la pression sur le budget se joue donc d’abord à la pompe, où le gazole dépasse 2,35 euros le litre.
Au même moment, TotalEnergies a annoncé le 29 octobre un bénéfice net record au troisième trimestre, plus que doublé en un an, à 8,3 milliards de dollars. Il s’ajoute à 5,8 milliards au premier trimestre et 5,4 au deuxième, soit près de 19,5 milliards de dollars de bénéfices nets sur les neuf premiers mois de 2026. Son activité de raffinage et de chimie a dégagé un résultat de 3,5 milliards de dollars au troisième trimestre, contre 687 millions un an plus tôt.
L’explication tient au prix du gazole lui-même. Les frappes sur des installations énergétiques et des raffineries en Ukraine, en Russie et au Moyen-Orient ont tendu le marché du diesel et fait monter les marges de raffinage, l’écart entre le prix du brut et celui du produit raffiné. Le PDG du groupe parle de « marges de raffinage à des niveaux historiques ».
Nous le disons sans détour : réaliser de tels bénéfices pendant que le gazole grimpe de 44,1 % en un an et que les ménages qui ne peuvent pas se passer de leur voiture paient la facture est immoral. Ces profits sont publiés et vérifiables. C’est pour cette raison que des élus de gauche proposent de taxer ces profits exceptionnels afin de financer le soutien aux ménages.
Le gouvernement a demandé à TotalEnergies d’être « exemplaire » et de répercuter à la baisse l’avantage de la libération des barils. Le groupe plafonne le gazole à 2,25 euros le litre dans ses stations, et la flambée des cours vient des conflits, non d’une décision prise en France.
Dans l’alimentation, aucune envolée comparable n’apparaît. Selon le rapport 2026 de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, la flambée des prix depuis 2021 vient des matières premières agricoles et d’un rattrapage des marges en aval depuis 2023, mais aucun acteur n’a retrouvé sa rentabilité d’avant la crise.
Le contre-budget présenté le 6 octobre par l’extrême droite prévoit une baisse de la TVA sur certains produits de première nécessité et sur l’énergie, et son parti parle d’un panier de cent produits à 0 %. En l’état, ces mesures ne sont pas vérifiables : le compte rendu de Capital ne donne ni la liste des produits ni le coût. Le seul précédent mesuré par l’Insee en France, la baisse de TVA de 2009 dans la restauration, a vu environ un cinquième de la baisse arriver aux consommateurs. En d’autres termes, au delà d’une annonce spectaculaire, cette proposition du RN n’aura que très peu d’impact positif sur le pouvoir d’achat.
Les bénéfices de TotalEnergies sont chiffrés, publiés et vérifiables. La baisse de TVA promise reste une annonce dont la liste, le coût et l’effet sur les prix ne sont pas établis.
Sources : Insee — En septembre 2026, les prix à la consommation augmentent de 3,1 % sur un an (Informations rapides n° 247, 15 octobre 2026) · Le Monde — TotalEnergies : bénéfice inédit au troisième trimestre, à 8,3 milliards de dollars ; le gouvernement appelle le groupe à répercuter la baisse des prix (29 octobre 2026)