Buste de Marianne (14 juillet 1882 sur le socle) dans l'ancienne mairie du 4e arrondissement de Paris.

La préférence nationale trahit la devise de la République et se heurte à sa Constitution.

Vérifié · 6 sourcesN° 09630 Oct 26

Le 6 octobre, le Rassemblement national a présenté son contre-budget. Parmi les mesures rapportées par l’agence Reuters figurent des contrôles migratoires renforcés et une politique de « préférence nationale » qui, selon Marine Le Pen, rapporterait 15 milliards d’euros la première année et 29 milliards en année pleine. Le résumé publié ne détaille pas ses modalités.

15 milliardsd'économies annoncées par le RN
avec la préférence nationale

Nous dénonçons clairement cette mesure, parce qu’elle est injuste, parce qu’elle trahit ce que ce site défend, et parce qu’elle se heurte au droit.

Elle est injuste dans son principe. Une préférence nationale consiste à traiter différemment des personnes selon leur nationalité, à situation égale. Celui qui travaille, qui cotise, qui paie ses impôts et qui vit dans le même immeuble qu’un autre se verrait accorder moins parce qu’il n’a pas le même passeport. C’est une frontière tracée entre voisins, indigne de la République.

Elle trahit la devise de la République, dont le troisième mot est le seul à décrire une relation plutôt qu’un droit. La fraternité suppose que l’on se reconnaisse comme membres d’une même communauté de vie, celle de la rue, du chantier, de l’école ou de l’hôpital. Une hiérarchie officielle entre habitants d’un même territoire est le contraire d’une société fraternelle.

Elle se heurte aussi au droit. Le Conseil constitutionnel juge depuis 1993 que les étrangers « jouissent des droits à la protection sociale, dès lors qu’ils résident de manière stable et régulière ». En avril 2024, il a jugé qu’exiger cinq ans de résidence, ou trente mois d’activité, pour toucher des prestations sociales portait une atteinte disproportionnée aux exigences de solidarité nationale du Préambule de 1946.

Le président du Conseil, Laurent Fabius, l’a résumé en mai 2024 dans un entretien au Monde : « la préférence nationale – appliquée de façon systématique – est contraire à la Constitution ». Il ajoute que la Constitution ne s’oppose pas à toute condition de durée de résidence, ce qui rendrait la bataille juridique réelle. Mais une préférence réservant des droits sociaux aux seuls nationaux irait bien plus loin que la condition censurée en 2024, et supposerait de réviser la Constitution.

Dans la vie quotidienne, cette hiérarchie aurait des visages. Un médecin sur sept en France a été formé à l’étranger, selon les chiffres que nous avons publiés, et d’autres personnes étrangères tiennent les services, les chantiers et les maisons de retraite. Leur dire qu’elles passent après les autres, c’est leur dire qu’elles comptent moins.

Les partisans de la mesure répondent qu’il s’agit de protéger les plus fragiles et de faire des économies. L’inquiétude de ceux qui peinent à se loger, à se soigner ou à trouver du travail est réelle. Mais on ne protège pas les uns en retirant des droits aux autres, et une règle qui désigne une catégorie de voisins comme moins légitimes ne produit pas la paix : elle installe le soupçon et la rancœur. Quant aux 15 et 29 milliards annoncés, nous n’avons pas pu les vérifier.

Notre conviction est simple. Une société où l’on vit ensemble ne donne pas plus de droits aux uns qu’aux autres selon leur origine. La préférence nationale va à l’encontre de ce que ce site défend depuis son premier article : ce qui nous permet de vivre ensemble.

Sources : Reuters — French far-right presidential candidate Marine Le Pen’s main budget proposals (6 octobre 2026) · Capital — Contre-budget RN : 140 milliards d’économies d’ici 2032 pour un « choc » budgétaire (6 octobre 2026)