La TVA à 0 % de l’extrême droite, une promesse dont on ne connaît ni la liste ni le coût.
Le 6 octobre, le Rassemblement national a présenté son contre-budget, avec une baisse de la TVA sur l’énergie et sur certains produits de première nécessité. Le parti parle d’un panier de 100 produits à 0 % de TVA. C’est la mesure qu’il met en avant pour défendre le pouvoir d’achat.
liste et coût non publiés
Une baisse de TVA sur l’alimentation peut arriver dans le caddie. En Espagne, pain, farine, lait, œufs, fruits et légumes sont passés de 4 % à 0 % de TVA en janvier 2023, et les pâtes et l’huile de 10 % à 5 %. L’étude de la Banque de France sur les prix des supermarchés conclut que la répercussion a été presque complète, et celle du Centre commun de recherche de la Commission européenne constate une baisse nette des prix dès janvier.
Il serait donc faux de dire que la mesure ne sert à rien. La vraie question est celle de ce que l’on promet. L’Espagne a publié ses catégories de produits, une durée de six mois au départ, prolongée ensuite, et un coût : son gouvernement a estimé le gain pour les ménages à 1,32 milliard d’euros pour 2023.
Qu’a publié le Rassemblement national ? Dans les comptes rendus du contre-budget que nous avons lus, de Reuters et de Capital, nous ne trouvons ni la liste des 100 produits, ni le coût de cette mesure, ni sa durée. Une promesse qui peut fonctionner exige de dire quoi, combien et jusqu’à quand. Celle-ci ne le dit pas, et nous trouvons cela grave.
Annoncer un panier à zéro sans dire ce qu’il contient ni ce qu’il coûte, c’est faire de la nécessité des Français un argument de campagne. Un ticket de caisse allégé de quelques euros se voit tout de suite ; l’ardoise qui l’accompagne se voit plus tard.
Car l’ardoise existe. Le même contre-budget prévoit 140 milliards d’euros d’économies d’ici 2032, la suppression de « presque toutes » les agences de l’État et le non-remplacement de certains départs en retraite. Il compte aussi sur 15 milliards d’euros d’économies, annoncés par le parti et que nous n’avons pas pu vérifier, grâce à la « préférence nationale ». Nous craignons que ce que l’on donne au supermarché soit repris en services publics et en droits.
Reste la pression réelle sur les budgets. En septembre 2026, selon l’Insee, l’alimentation n’augmente que de 1,4 % sur un an, quand le gazole s’envole de 44,1 %. Et TotalEnergies vient d’annoncer 8,3 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre. Nous préférons une politique qui demande aux groupes aux profits records de contribuer, plutôt qu’un panier de 100 produits dont personne ne sait rien.
Une promesse sans liste, sans coût et sans durée n’est pas une mesure. C’est un slogan, et les Français méritent mieux qu’un slogan sur leur ticket de caisse.
Sources : Reuters — French far-right presidential candidate Marine Le Pen’s main budget proposals (6 octobre 2026) · Capital — Contre-budget RN : 140 milliards d’économies d’ici 2032 pour un « choc » budgétaire (6 octobre 2026)