En France, de moins en moins de jeunes quittent l’école sans diplôme.
Alors que l’Union européenne vient seulement d’approcher l’objectif qu’elle s’était donné pour 2030, la France est passée sous cette barre il y a plus de dix ans. La nouvelle n’a pourtant fait presque aucun bruit, dans un pays où l’on parle bien plus volontiers de ce qui se dégrade à l’école.
contre 9,1 % en moyenne dans l'Union européenne
L’indicateur porte un nom administratif, la sortie précoce, et il compte les jeunes de 18 à 24 ans qui n’ont, au mieux, que le brevet des collèges. Il faut en outre qu’ils n’aient suivi aucune formation au cours des quatre semaines précédant l’enquête. Ce n’est donc ni une note ni un classement, mais la mesure du nombre de jeunes que l’on laisse partir sans rien dans les mains.

Eurostat l’établit à partir de l’enquête Emploi de l’Insee, et la même enquête sert dans les vingt-sept pays, ce qui permet de se comparer. En France, ces jeunes étaient 7,2 % en 2025, contre 12,7 % en 2010. En quinze ans, quatre sur dix ont donc quitté cette catégorie, et le recul s’observe aussi bien chez les garçons que chez les filles.
La moyenne de l’Union s’établit la même année à 9,1 %, et la cible que les Vingt-Sept se sont fixée pour 2030 est de descendre sous 9 %. L’Allemagne en est à 13,1 %, l’Espagne à 12,8 %, la Roumanie à 15,5 %. Dix-sept pays ont déjà atteint cette cible, et la France est de ceux-là, comme elle avait atteint avant l’heure l’objectif de 9,5 % qu’elle s’était donné pour 2020.
Le mouvement est bien plus ancien que la statistique européenne. En 1978, 41 % des jeunes de 18 à 24 ans quittaient l’école avec au mieux le brevet, rappelle le Centre d’observation de la société, qui s’appuie sur les séries du ministère de l’Éducation nationale. La proportion a donc été divisée par cinq en quarante-cinq ans, l’essentiel du mouvement s’étant produit entre les années 1970 et les années 1990.
La courbe n’est pourtant pas une ligne droite, et il faut le dire. Le taux français est remonté à 7,9 % en 2024 avant de redescendre, et l’écart entre garçons et filles reste net : 9,5 % contre 5,6 % en 2023. « Cet indicateur est fragile », avertit d’ailleurs l’Insee, qui chiffre son intervalle de confiance à un point entier, ce qui interdit de lire chaque dixième comme une victoire.
Ce que la mesure établit sur la durée longue est en revanche solide, et c’est ce que l’on oublie quand on ne regarde que la dernière année. Derrière ces décimales vivent encore des dizaines de milliers de jeunes qui sortent chaque année avec un bagage trop léger, et qui se retrouvent au bout de la file devant les employeurs. En 2025, sur les 7,2 % de jeunes concernés, 2,3 points occupaient malgré tout un emploi et 4,9 points n’en avaient pas.
La cible que l’Union se donne pour 2030, la France l’avait déjà franchie le jour où elle a été fixée.
Sources : Eurostat — Early leavers from education and training, jeu de données edat_lfse_14 (mis à jour le 30 octobre 2026) et article Statistics Explained (données extraites en avril 2026) · Insee — Sorties précoces du système scolaire, indicateurs de richesse nationale (enquêtes Emploi, estimations DEPP, série jusqu’en 2023)