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Une station d’épuration retient enfin les microplastiques avant l’océan.

Vérifié · 4 sourcesN° 10031 Oct 26

Chaque fois que nous lançons une machine à laver, des milliers de fibres de plastique partent avec l’eau de vidange, et presque aucune station d’épuration au monde n’est conçue pour les retenir. Les pneus qui s’usent sur la chaussée et les emballages qu’une averse emporte dans les avaloirs finissent le travail.

580 millionsparticules de microplastique retenues chaque année
par le pilote d'Atlantic City, de 2024 à 2026

Une collectivité du New Jersey a décidé de ne plus attendre. La régie publique du comté d’Atlantic, l’Atlantic County Utilities Authority, a annoncé le 20 octobre la mise en service de deux filtres à microplastiques permanents sur sa station d’épuration d’Atlantic City, qu’elle présente comme la première installation du genre au monde sur une station municipale.

Photo : Czeva / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Le dispositif, baptisé PolyPod, imite les plantes des zones humides dont les feuilles repoussent l’eau tout en accrochant les particules de plastique. Posé dans le bassin de retenue où l’eau déjà traitée attend son rejet, il capte les microplastiques sans produit chimique et avec très peu d’énergie. Cette technologie dite biomimétique reproduit une propriété des plantes ultrahydrophobes, qui rejettent l’eau au contact et retiennent les particules de plastique qui y flottent.

Pendant les deux années d’essai commencées en 2024, le pilote a retenu plus de 580 millions de particules par an sur une station qui traite jusqu’à 151 000 mètres cubes par jour, soit quarante millions de gallons. Quatorze communes du comté y envoient leurs eaux usées, et la régie estime que la qualité de l’eau de plus de 200 000 habitants en dépend.

« Nous rejetons dans l’océan : si nous ne retirons pas le plastique de nos eaux usées, nous le remettons dans l’environnement », résume Matthew DeNafo, président de l’Atlantic County Utilities Authority. Ces particules finissent, rappelle-t-il, dans les poissons que l’on mange et dans l’eau où l’on se baigne.

Photo : PortlandAppraisalBlog / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Cette seconde phase de travaux a coûté 1 963 500 dollars, soit environ 1,8 million d’euros, financés par un prêt à taux très bas du New Jersey Water Bank, un fonds public alimenté par l’agence fédérale de l’environnement et par l’État du New Jersey. Aucune réglementation, ni fédérale ni locale, n’oblige pourtant les stations à retirer ces particules.

Les concepteurs annoncent plus de 98 % de microplastiques retirés en laboratoire, mais reconnaissent qu’aucune mesure ne porte encore sur l’installation industrielle. Une fois collectées, les particules sont concentrées en boue sur place puis incinérées, et l’entreprise cherche des filières de réemploi. La station, elle, tourne grâce à cinq éoliennes et 2 700 panneaux solaires posés sur le site.

« La plus grande occasion, dans le traitement de l’eau, n’est pas de filtrer des particules toujours plus fines, c’est de repenser la façon dont on les retire », explique Nathaniel Banks, directeur général de PolyGone Systems, société issue de l’université de Princeton. Lui et sa cofondatrice sont architectes de formation, et ils travaillent déjà à une version domestique. En France, où les stations d’épuration rejettent elles aussi dans les rivières et dans la mer, la question se posera dans les mêmes termes.

Sources : Atlantic County Utilities Authority — ACUA and PolyGone Systems Launch the World’s First Commercial Microplastic Filtration System for Municipal Wastewater Treatment (communiqué, 20 octobre 2026) · WHYY — Princeton University alumni use new technology to treat microplastics at Atlantic City wastewater plant (25 octobre 2026)