Donner d’abord un logement, puis accompagner : 80 % des personnes sorties de la rue grâce à « Un chez-soi d’abord » s’y maintiennent.
Imaginez une personne qui vit à la rue depuis des années, avec une maladie psychique et des allers-retours entre les urgences et les centres d’hébergement. Longtemps, la règle était de la soigner d’abord et de lui proposer un logement ensuite. Depuis 2011, un programme français a renversé l’ordre : d’abord la clé, puis l’accompagnement.
« Un chez-soi d'abord » restent logées
Ce programme s’appelle « Un chez-soi d’abord ». Il propose un logement ordinaire, sans condition préalable de soins, avec une équipe médicale et sociale qui vient à domicile. Il s’inscrit dans la stratégie nationale du Logement d’abord, pilotée par la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement.
Le bilan à mi-parcours du deuxième plan quinquennal, publié en septembre 2025, donne les résultats. Fin 2024, le programme comptait 3 175 places ouvertes sur 37 territoires, et 3 540 en 2025. Pour Un chez-soi d’abord, 80 % des personnes sont durablement maintenues dans leur logement.
Pour qui lit ces chiffres avec méfiance, la question utile est simple : combien de ces personnes gardent leur logement ? Le bilan répond par une mesure, pas par une impression. Une évaluation régionale de la version destinée aux jeunes, menée en Occitanie, aboutit au même ordre de grandeur : 80 % des jeunes accompagnés sont encore logés après deux ans.
L’effet se voit aussi à l’hôpital. Selon le bilan, les hospitalisations des personnes accompagnées ont été réduites de moitié. Quand une personne dispose d’un toit stable, elle recourt moins aux urgences et aux services de soins lourds.
À l’échelle du pays, la stratégie du Logement d’abord s’adresse à beaucoup plus de monde que ce seul programme. Entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2025, plus de 710 000 personnes sans domicile ont accédé à un logement, dont 195 000 dans le parc social, d’après le même bilan.
Le programme reste modeste au regard de l’ensemble, avec 3 540 places en 2025 contre plus de 710 000 personnes logées par la stratégie globale : c’est un outil parmi d’autres. Pour mieux connaître les personnes sans domicile, l’Insee a mené en 2025 une enquête auprès de personnes sans domicile, avec 16 000 entretiens, en y incluant les personnes hébergées à l’hôtel. Ces chiffres racontent un pays qui a testé une idée à contre-courant et qui l’a mesurée avant de la généraliser. Une personne qui retrouve une adresse retrouve aussi un médecin, un voisinage, parfois un travail.
Le tableau n’est pas sans ombre : le bilan note que l’hébergement d’urgence reste sous pression, et que les besoins dépassent encore l’offre disponible. Un programme qui fonctionne ne règle pas à lui seul la crise du logement.
Il apporte pourtant une preuve utile : sortir quelqu’un de la rue, durablement, est possible, et quatre fois sur cinq, la personne garde son logement.
Sources : DIHAL — Bilan à mi-parcours du deuxième plan quinquennal pour le Logement d’abord et la lutte contre le sans-abrisme (septembre 2025) · CREAI-ORS Occitanie — Un chez-soi d’abord jeunes : expérimentation et effets (rapport final, 2023)