Au printemps 2020, des travailleurs immigrés ont fait tenir le quotidien des Français, et la France a facilité la naturalisation de plus de 12 000 d’entre eux.

Au printemps 2020, des travailleurs immigrés ont fait tenir le quotidien des Français, et la France a facilité la naturalisation de plus de 12 000 d’entre eux.

Vérifié · 2 sourcesN° 08229 Oct 26

Au printemps 2020, pendant que la France était confinée, une partie du pays continuait d’aller travailler : infirmiers, aides-soignants, agents de propreté, éboueurs, caissiers, livreurs. Parmi ces travailleurs dits « essentiels », 10,5 % étaient immigrés, selon le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), à partir du recensement de l’Insee de 2017. Ces travailleurs représentent un peu plus de 4,8 millions de personnes en France, dont près de 60 % de femmes. Avec une part de 10,3 % dans l’emploi total, les immigrés ont donc contribué à ces métiers à proportion de leur poids.

12 000travailleurs étrangers ont bénéficié d'une
naturalisation allégée (2020-2021)

Dans certains métiers, leur présence était bien plus forte. Les immigrés représentent 23 % des agents de propreté et aides à domicile, et 17 % des médecins hospitaliers : ceux qui entretiennent les lieux de vie et ceux qui soignent.

Ces parcours sont contrastés : un tiers des actifs immigrés n’a pas dépassé le brevet des collèges, mais près de 15 % ont un diplôme au moins égal à bac+5. Et la situation n’est pas propre à la France : dans l’Union européenne, 37 % des agents d’entretien et aides à domicile sont immigrés.

En Île-de-France, le constat est plus net encore. Elles et ils y sont 66 % des agents de propreté et aides à domicile, contre 14,5 % dans le reste de la France, ainsi que 39 % des agents hospitaliers et 28,5 % des aides-soignants. Là où la vie est la plus dense, une part décisive du quotidien repose sur eux.

Les auteurs l’expliquent par la structure de l’emploi : la région accueille proportionnellement plus d’immigrés, souvent peu diplômés, mais compte aussi moins de métiers peu qualifiés. Les cadres et ingénieurs y occupent 22,5 % des emplois, contre 9,5 % dans les autres régions.

Ces métiers sont souvent plus éprouvants que la moyenne : selon la Dares, davantage de contraintes physiques, de travail répétitif et d’horaires morcelés. Le CEPII conclut que les immigrés peu diplômés qui les exercent ont joué « un rôle primordial dans le bon fonctionnement de l’économie et le maintien des services indispensables à la vie quotidienne des Français ».

La République l’a reconnu. Entre septembre 2020 et septembre 2021, plus de 12 000 travailleurs étrangers ont bénéficié d’une procédure de naturalisation allégée, mise en place par le gouvernement pour reconnaître leur contribution.

Ce geste dit quelque chose du pays que l’on peut construire : celles et ceux qui ont tenu le quotidien pendant l’épreuve ont pu devenir pleinement françaises et français.

Ces chiffres datent de 2017 et mesurent la présence dans les emplois, pas les salaires ni les conditions de chacun. Ils montrent une chose : dans la crise, des travailleurs venus d’ailleurs ont fait tenir des services dont tout le monde avait besoin.

Sources : CEPII — La Lettre n° 424, Métiers essentiels : quelle contribution des travailleurs immigrés ? (février 2022) · Dares — Les métiers des immigrés (document d’études n° 254, 2021)