Depuis un siècle, des étrangers créent leur entreprise en France : ils sont 9,8 % des créateurs, et cette part progresse.

Depuis un siècle, des étrangers créent leur entreprise en France : ils sont 9,8 % des créateurs, et cette part progresse.

Vérifié · 3 sourcesN° 08229 Oct 26

Quand on ne parvient pas à monter dans l’entreprise des autres, on crée la sienne. C’est l’histoire que racontent les chiffres de la création d’entreprise en France : en 2018, 9,8 % des créateurs étaient de nationalité étrangère, contre 8,6 % en 2010, d’après les données de l’Insee analysées par franceinfo en juin 2023.

9,8 %des créateurs d'entreprise sont
de nationalité étrangère (Insee, 2018)

Cette part dépasse leur poids dans la population, qui est de 7,7 % selon la même analyse. Plus de la moitié de ces créateurs viennent de pays hors de l’Union européenne. Et, selon l’Insee, 8,2 % des artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont de nationalité étrangère, auxquels s’ajoutent 4,6 % d’immigrés devenus français.

L’histoire est ancienne : dans les années 1920, 15 % des entreprises parisiennes avaient été créées par des étrangers, rappelle le Musée national de l’histoire de l’immigration. Aujourd’hui, la Dares relève que les immigrés exercent plus souvent que les non-immigrés une activité indépendante.

Pourquoi ? Pour des travailleurs restés dans des emplois peu qualifiés, explique le musée, la création d’entreprise est apparue comme une sortie possible. Il cite l’Insee : entre 1990 et 1999, 4,6 % des ouvriers et employés immigrés sont devenus indépendants, contre 3,6 % de ceux qui ne l’étaient pas.

Les jeunes d’origine étrangère diplômés sont aussi de plus en plus nombreux à se lancer, ajoute le musée, qui y voit une stratégie d’insertion professionnelle face aux discriminations dont ils font l’objet dans l’accès à l’emploi salarié. Selon l’Insee, 8,0 millions d’immigrés vivent en France en 2025, soit 11,6 % de la population : le vivier est large.

Ces entrepreneurs avancent prudemment. Ils préfèrent les sociétés à responsabilité limitée, moins risquées et conçues pour grandir, selon le musée. Les femmes immigrées y créent de plus en plus d’activités sociales et culturelles, surtout dans le secteur associatif.

Le musée cite aussi des parcours connus : Mohed Altrad, PDG du groupe Altrad, ou Mourad Boudjellal, fondateur des éditions Soleil. Mais derrière ces noms, il y a d’abord des restaurants, des commerces de proximité et des entreprises de bâtiment, qui font vivre les quartiers. Franceinfo a recalculé cette étude en 2023 : 14 % des créateurs accompagnés étaient de nationalité étrangère, un chiffre stable.

Les créateurs étrangers se concentrent dans certains secteurs : d’après une étude de la plateforme Legalstart, 19 % se lancent dans le bâtiment, contre 6 % des créateurs français. Cette base privée ne couvre qu’environ un créateur sur dix, ce qui la rend peu représentative.

Les chiffres de l’Insee datent de 2018, et ils ne disent rien de la durée de vie des entreprises ni des emplois créés. Ils montrent que celles et ceux que le marché du travail laisse à la porte inventent leur propre place, et que cette énergie profite à tout le monde.

Sources : Insee — Profil des créateurs d’entreprises (données 2018) · Franceinfo — Le vrai du faux : les étrangers sont-ils « surreprésentés » parmi les créateurs d’entreprises ? (13 juin 2023)