Buildings of Centre hospitalier de Remiremont, Vosges, France, seen from Rue Georges-Lang at the level of the crossing o

Se soigner laisse au patient français la plus petite facture des grands pays d’Europe.

Vérifié · 3 sourcesN° 1142 Nov 26

Au comptoir d’une pharmacie, le ticket de caisse ne dit presque rien du prix des soins. Une boîte de médicament remboursée laisse un euro à payer, une consultation chez le médecin deux euros, et tout le reste s’évanouit dans un circuit que le patient ne voit jamais passer.

10,2 %de la dépense de santé reste à la charge des ménages en France en 2024
contre 15 % en moyenne dans l'Union européenne

C’est dans cet écart que se loge l’une des réussites les plus discrètes du pays. Sur la dépense de santé mesurée au périmètre international, les ménages français en financent directement 10,2 %, quand la moyenne de l’Union européenne s’établit à 15 %.

Photo : Mathieu Kappler / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

L’annexe santé du budget de la Sécurité sociale dit pourquoi : l’assurance maladie obligatoire, l’État et les collectivités « concourent de façon décisive à la prise en charge des dépenses de santé au moyen d’une mutualisation des risques individuels de maladie ». En clair, les bien portants paient pour les malades, et personne ne sait d’avance dans quel camp il se trouvera.

Le classement européen est sans ambiguïté. La France arrive au troisième rang des pays où les ménages paient le moins, derrière le Luxembourg et la Croatie seulement, et devant l’Allemagne. L’Italie est à 23 %, l’Espagne à 21,5 %, la Grèce à 34 %. Rapporté à l’habitant et corrigé des écarts de prix, le reste à charge français atteignait 440 euros en 2023, contre 580 euros en moyenne dans l’Union.

Le détail est plus parlant encore. Les administrations publiques financent 79,4 % des soins et des biens médicaux, et 93,9 % de l’hôpital, où il ne reste au patient que 2,2 % de la dépense. L’exonération dont bénéficient les malades chroniques pèse à elle seule 16,1 milliards d’euros hors hôpital public, et son poids grandit avec le vieillissement.

Sur le périmètre français, plus étroit, la Drees mesure un reste à charge de 7,8 % en 2024, soit 20 milliards d’euros ou 292 euros par habitant. Les deux chiffres ne se moyennent pas : le périmètre international ajoute les soins de longue durée, bien moins couverts, dont le reste à charge atteint 26,5 %.

Rien n’est acquis pour autant. Ce reste à charge est remonté de 7,7 % à 7,8 % en 2024, et de 276 à 292 euros par habitant, soit près de trois fois l’inflation : le doublement des franchises a porté les participations des assurés de 1,8 à 2,5 milliards d’euros, et le remboursement des soins dentaires est tombé de 70 % à 60 %. Il demeure malgré tout sous son niveau de 2019, qui était de 8,5 %.

Le chiffre mesure par ailleurs ce qui reste après l’Assurance maladie et les complémentaires santé, lesquelles couvrent 12,8 % de la dépense, et les cotisations que les ménages versent à ces dernières sont comptées ailleurs.

Un habitant paie en moyenne quarante euros d’hôpital par an dans ce pays. C’est le prix d’une habitude si ancienne qu’on a fini par l’oublier, et qu’il suffit de comparer pour retrouver.

Sources : Eurostat — Health care expenditure by financing scheme (hlth_sha11_hf), paiements directs des ménages en % de la dépense courante de santé, données 2024, mise à jour du 23 octobre 2026 · Drees — Annexe au projet de loi de financement de la Sécurité sociale, « 2.5.1. Financement des dépenses de santé » : 7,8 % de la CSBM et 10,2 % de la dépense courante au sens international en 2024, troisième reste à charge le plus faible de l’UE