Neuf immigrés sur dix comprennent bien le français, et ceux qui ne le parlaient pas en arrivant ont fait de grands progrès.

Neuf immigrés sur dix comprennent bien le français, et ceux qui ne le parlaient pas en arrivant ont fait de grands progrès.

Vérifié · 2 sourcesN° 08629 Oct 26

Imaginez que vous arriviez dans un pays dont vous ne comprenez pas un mot. À leur arrivée en France, c’était le cas de 29 % des immigrés âgés de 18 à 59 ans : ils n’avaient aucune maîtrise de la compréhension du français, selon l’enquête Trajectoires et Origines 2, menée par l’Ined et l’Insee en 2019-2020. Au moment de l’enquête, 90 % d’entre eux avaient un bon niveau de compréhension du français et 88 % un bon niveau à l’oral.

90 %des immigrés de 18 à 59 ans ont un bon niveau
de compréhension du français (2019-2020)

Ces taux incluent les 8 % d’immigrés arrivés avant l’âge de 4 ans et les 5 % qui ont reçu de leurs parents une éducation exclusivement francophone. Les autres, soit 87 %, évaluent eux-mêmes leur niveau : ce sont des déclarations, pas des examens, mais elles dessinent une trajectoire nette.

Cette trajectoire se lit dans les scores moyens de compréhension, notés de 0 à 3. Pour les immigrés venus d’Asie, il passe de 0,8 à l’arrivée à 2,1 au moment de l’enquête. Pour les Européens, il passe de 1,2 à 2,6, et pour les Africains de 2,0 à 2,6. L’Insee note que le niveau de maîtrise des personnes venues d’Asie ou d’Europe du Sud s’est considérablement amélioré depuis leur migration.

Les femmes originaires du Maghreb ou d’Afrique guinéenne et centrale déclarent moins bien maîtriser le français que les hommes de ces mêmes régions. L’Insee y voit un plus faible niveau d’éducation et une possible sous-estimation de leurs compétences. Mais leurs progrès sont plus grands que ceux des hommes, et leur rôle de médiatrice auprès du voisinage, des enseignants et de l’administration leur permet de pratiquer leur français.

La langue se transmet aussi aux enfants. Neuf descendants d’immigrés sur dix, âgés de 18 à 59 ans en 2019-2020, ont appris le français avec leurs parents dans leur enfance, et pour 40 % d’entre eux c’est la seule langue transmise. Pour 52 %, les parents ont parlé à la fois français et au moins une autre langue.

Car les langues d’origine ne disparaissent pas : 95 % des immigrés ont une langue de référence étrangère, et 63 % d’entre eux la parlent à leurs enfants. Parler deux langues et parler français vont donc de pair, et beaucoup de familles font vivre les deux.

Ces chiffres racontent une France où la langue commune se transmet. Ceux qui arrivent l’apprennent, et souvent bien, leurs enfants la reçoivent à la maison, et beaucoup gardent en plus une langue de leurs parents, ce qui ajoute au lieu de retirer.

L’enquête mesure les déclarations de personnes de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine, en 2019-2020.

Une langue ne s’impose pas, elle se partage : ces chiffres montrent qu’elle se partage déjà.

Sources : Insee — Maîtrise des langues par les immigrés (Immigrés et descendants d’immigrés, édition 2023, enquête Ined-Insee Trajectoires et Origines 2) · Insee — Transmission familiale des langues (Immigrés et descendants d’immigrés, édition 2023)