Les statistiques de sécurité mesurent trois choses différentes, et en 2025 elles ne disent pas la même chose.

Les statistiques de sécurité mesurent trois choses différentes, et en 2025 elles ne disent pas la même chose.

Vérifié · 2 sourcesN° 07729 Oct 26

Un chiffre de délinquance ne dit pas la même chose selon ce qu’il mesure. Les statistiques publiques en proposent trois : les faits enregistrés par la police et la gendarmerie, les faits déclarés dans une enquête auprès de la population, et le sentiment d’insécurité.

975victimes d'homicide en 2025,
un nombre stable

Du côté des faits enregistrés, le service statistique du ministère de l’Intérieur recense 975 victimes d’homicide en 2025, un nombre stable qui met fin à la hausse observée de 2020 à 2023. Les cambriolages de logement reculent de 3 %, à 211 600, et les vols de véhicule de 9 %, à 124 800. Tous les faits ne sont pas résolus de la même façon : un an après leur enregistrement en 2024, 68 % des homicides l’étaient, contre 8 % au plus pour les cambriolages de logement et les vols liés aux véhicules.

Police officers from Lille stand guard as they attend a remembrance gathering for murdered Stephanie Monferme, a mother and Rambouillet’s local police employee, in the courtyard of the Lille’s police headquarters, northern France, on April 30, 2021. – A Tunisian man who stabbed to death the police employee had watched jihadist propaganda videos just before the attack, France’s anti-terror prosecutor said on April 25, 2021. (Photo by DENIS CHARLET / AFP)

Sur les dix-huit indicateurs suivis, pourtant, douze augmentent, cinq baissent et un, les homicides, est stable. Les violences physiques enregistrées progressent de 5 %, à 472 400 victimes, et les violences sexuelles de 8 %, à 132 100 victimes, deux hausses plus lentes que celles des dix dernières années.

Ces chiffres ne comptent que les faits portés à la connaissance des forces de l’ordre, et le service statistique le dit lui-même : les statistiques de délinquance enregistrée « ne couvrent qu’une partie des faits ». Une hausse enregistrée peut donc refléter plus de faits, plus de plaintes, ou les deux, sans que ces chiffres permettent de trancher.

Un indice va dans ce sens pour les violences sexuelles : la part de celles qui sont enregistrées une année donnée mais ont été commises plus de cinq ans auparavant est passée de 9 % en 2016 à 17 % en 2025. Une partie de ce qui est comptabilisé aujourd’hui date donc d’années passées.

L’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité, menée par le même service, interroge des habitants sans passer par les plaintes. Pour l’année 2023, elle compte 296 000 adultes victimes d’un vol ou d’une tentative de vol avec violence ou menace, et 325 000 victimes de violences sexuelles physiques, parmi les faits les plus rarement déclarés.

Reste le ressenti. En 2024, 22 % des adultes disent se sentir en insécurité, souvent ou de temps en temps, dans leur quartier ou leur village, et 15 % à leur domicile. Les femmes sont plus nombreuses à le dire dans leur quartier, 25 % contre 19 % des hommes, et 31 % d’entre elles indiquent qu’il leur arrive de renoncer à sortir seules.

Les faits enregistrés dessinent donc deux mouvements : un recul des atteintes aux biens et une stabilisation des homicides d’un côté, la poursuite de la hausse des violences contre les personnes de l’autre. Et 78 % des adultes ne déclarent pas se sentir en insécurité dans leur quartier.

Ces chiffres ne disent ni pourquoi les violences enregistrées progressent, ni quel niveau de sécurité est acceptable. Ils disent seulement ce que chaque mesure permet de voir, et ce qu’elle laisse dans l’ombre.

Sources : SSMSI (ministère de l’Intérieur) — Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique et atlas départemental (juillet 2026) · Insee — Insécurité, victimation, France portrait social (enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité, SSMSI)