La prévention fait reculer les accidents dans les petites entreprises.
Le 1er octobre, la direction des études du ministère du Travail a publié une analyse qui suit 4 800 établissements du secteur privé sur sept années, et qui compare leur accidentologie selon qu’ils avaient engagé, ou non, de nouvelles actions de prévention en 2016.
là où de nouvelles mesures ont été prises
La méthode est rare dans ce domaine et simple à suivre : les réponses des employeurs à l’enquête Conditions de travail et risques psychosociaux de 2016 ont été rapprochées, établissement par établissement, des données administratives de l’Assurance Maladie sur les accidents déclarés. On lit ainsi la fréquence des accidents deux ans avant la décision de prévention, puis deux ans après.

Le résultat tient en deux courbes qui se croisent. Dans les établissements ayant mené au moins une action nouvelle, l’indice de fréquence passe de 3,8 à 3,3 accidents pour 100 salariés entre 2014 et 2018, soit un recul d’un peu plus de 12 %. Dans ceux qui n’ont rien entrepris, il grimpe de 4,4 à 4,9.
« La mise en place de mesures de prévention semble avoir permis de réduire les accidents », écrit Selma Amira, statisticienne à la Dares et autrice de l’étude. Elle précise aussitôt où l’effet se concentre : la baisse atteint 1,1 point dans les établissements de moins de dix salariés, et devient quasi nulle au-delà de deux cent cinquante.
Les leviers les plus efficaces ne sont pas les plus coûteux. La mise à disposition de nouveaux équipements de protection individuelle est suivie du recul le plus net, 0,6 point, devant l’appel à une expertise extérieure et l’écriture d’un nouveau plan de prévention, autour de 0,4 point chacun. L’étude ne chiffre pas la dépense, et c’est sa limite : elle mesure des effets, pas des budgets.
Deux obligations que l’on croit formelles pèsent lourd dans ce résultat. Là où le document unique d’évaluation des risques avait été actualisé et où un comité d’hygiène et de sécurité se réunissait vraiment, la fréquence des accidents a reculé de 1,2 point, contre 0,2 ailleurs ; dans les petits établissements qui cumulaient l’absence de document à jour et l’absence d’action nouvelle, elle a au contraire grimpé de 1,5 point.
La prévention du stress et du mal-être produit le même effet, ce qui n’allait pas de soi. Dans les établissements qui s’y sont attelés en 2016, les accidents passent de 3,5 à 3,2 pour 100 salariés, soit un recul de près de 10 % en quatre ans.
Le mouvement d’ensemble reste lent, et l’étude décrit une association plutôt qu’une causalité démontrée. La Dares a dénombré 660 890 accidents du travail avec arrêt en 2024, un recul de 1 %, sur un périmètre qui comprend le régime général, la Mutualité sociale agricole et les agents territoriaux et hospitaliers. L’Assurance Maladie, qui ne couvre que le régime général, en compte pour sa part 551 225 en 2025, avec une fréquence stable, à 26,4 pour 1 000 salariés.
Reste ce que l’étude établit, et qui vaut pour les deux millions et demi de sections d’établissement que compte la branche : dans l’atelier de moins de dix salariés, là où l’on se blesse le plus, une décision prise cette année se lit encore dans les statistiques deux ans plus tard.
Sources : Dares — « Quels liens entre prévention des risques professionnels et accidents du travail dans le secteur privé ? », Dares Analyses n° 42, Selma Amira, 1er octobre 2026 · Dares — « Les accidents du travail », données annuelles 2017-2024, mise à jour du 21 octobre 2026