Vieux hêtre en forêt de Fontainebleau, Seine-et-Marne, Île-de-France, France.

Des citoyens achètent leurs forêts pour échapper aux coupes rases.

Vérifié · 4 sourcesN° 10331 Oct 26

Les trois quarts de la forêt métropolitaine, soit 13,2 millions d’hectares, appartiennent à des propriétaires privés. C’est donc un particulier, et lui seul, qui décide si les arbres d’une parcelle tombent d’un coup ou restent debout.

4 000 hectaresde forêts achetées et gérées en commun
par plus de 4 300 citoyens

Partout en France, du Morvan aux Pyrénées en passant par le Limousin et la Dordogne, des habitants qui ont vu des coupes rases s’ouvrir près de chez eux se regroupent pour acheter ces forêts. La plupart le font sous la forme d’un groupement forestier, où chacun entre en acquérant une ou plusieurs parts sociales. Les formes varient, du collectif informel à l’association syndicale de propriétaires, mais l’idée reste la même : mettre en commun de l’épargne pour devenir, ensemble, le propriétaire qui décide.

Photo : Daniel VILLAFRUELA. / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

« Finalement, c’est le propriétaire qui a le dernier mot », explique Jean-Jacques Le Creurer, cogérant du groupement forestier Tardes et Rozeille, dans le sud de la Creuse. « On a donc décidé d’agir au niveau des propriétaires. »

L’association Forêts Partagées, née en 2024, forme et fédère ces collectifs : elle en accompagne 42 à travers le pays, qui rassemblent plus de 4 300 citoyens et 4 000 hectares de forêts. Ces chiffres, qu’elle publie elle-même, ont été repris au début du mois par la presse régionale, qui les a vérifiés sur place. Née dans le Sud-Ouest, l’association y est bien implantée et peine encore à se déployer dans le Grand Est.

L’argent que rapporte la vente du bois ne part pas en dividendes, puisqu’il finance les travaux sylvicoles, la rémunération des travailleurs forestiers et le rachat de nouvelles parcelles. En 2025, ces collectifs ont récolté et valorisé 8 000 mètres cubes de bois rond, ce qui situe l’échelle de l’affaire : modeste, mais bien réelle.

Tous s’engagent dans une sylviculture mélangée à couvert continu, où la forêt n’est ni plantée ni rasée mais composée d’arbres d’âges et d’essences variés. Les arbres à couper y sont choisis un par un, selon leur valeur et selon l’effet que leur chute aura sur la pousse de leurs voisins. Le couvert forestier se renouvelle ainsi en continu, et l’écosystème encaisse beaucoup mieux le passage des engins.

Ce mode de gestion laisse aussi sa place au bois mort, essentiel à la biodiversité et à la fertilité des sols forestiers : les troncs morts restent au sol ou sur pied, ainsi que les cimes et les branches de moins de dix centimètres de diamètre.

Du 9 au 11 octobre, une quarantaine de propriétaires venus du Morvan, d’Ardèche, de Bretagne et du Vercors se sont retrouvés à Claudon, dans les Vosges, pour la troisième édition des rencontres d’automne de l’association. « C’est toute la force du collectif qui s’exprime », y résumait Gabriel Boccara, coordinateur de Forêts Partagées. L’association y organise aussi des formations, pour que des néophytes sachent par où commencer et puissent parler d’égal à égal avec les entrepreneurs de travaux forestiers.

La première de ces forêts partagées a été achetée dans le Morvan en 2003 par Lucienne Haese, 270 hectares arrachés aux monocultures de résineux : vingt-trois ans plus tard, le procédé a fait école.

Sources : La Relève et La Peste — Grâce à des achats collectifs, ces citoyens ont sauvé 4000 ha de forêts des coupes rases (Eloi Boye, 30 octobre 2026) · L’Est Républicain — Lorraine. Qui veut racheter un bout de forêt pour faire de la gestion écolo ? (Fanny Perrette, 14 octobre 2026)