Au collège, une heure de cours sur onze n’est pas assurée.
Si vous avez un enfant au collège, vous avez déjà reçu le message : professeur absent, cours annulé, permanence. Ce que vous ne savez pas, c’est combien de fois cela s’est produit dans l’année, parce que personne ne vous l’a jamais additionné.
les collèges publics en 2023-2024
La Cour des comptes l’a fait. Dans les collèges publics, 10,3 millions d’heures d’enseignement n’ont pas été assurées au cours de l’année scolaire 2023-2024. Rapporté au volume total, cela représente 9 % des heures dues : une sur onze.
Le mécanisme est identifié, et il n’est pas celui qu’on croit. Les absences longues — congé maternité, maladie de plusieurs semaines — sont remplacées dans la grande majorité des cas. Ce sont les absences courtes qui échappent au système : un ou deux jours, trop peu pour déclencher une procédure, assez pour que la classe reste devant une porte fermée.
La Cour avait déjà chiffré ce point dans son rapport sur la gestion des absences : sur près de 2,5 millions d’heures d’absence de courte durée dans le second degré, un peu plus de 500 000 seulement avaient été remplacées. Quatre heures sur cinq restaient à la charge des élèves.
La comparaison avec le primaire désigne la cause. Dans le premier degré, le remplacement est assuré dans près de 80 % des cas dès le premier jour, parce qu’il existe des brigades de remplaçants affectées à une circonscription et mobilisables immédiatement. Le second degré n’a pas d’équivalent : un professeur ne remplace qu’un collègue de sa discipline, et il faut qu’il soit libre au bon créneau.
La différence ne tient donc ni au dévouement des uns ni à celui des autres, mais à une organisation qui existe d’un côté et pas de l’autre. C’est une décision administrative, pas une fatalité.
Le coût, lui, est déjà payé. La Cour évalue à près de 4 milliards d’euros par an le coût des absences des enseignants, rémunération des absents comprise : l’argent est dépensé, et les heures ne sont pas faites. Un rapport parlementaire avance 4,5 milliards pour le seul dispositif de remplacement.
Un chiffre appelle une précision de lecture. Les 10,3 millions d’heures recouvrent les absences non remplacées, mais aussi les journées où l’établissement était fermé pour d’autres raisons, et les périmètres varient d’une publication à l’autre : collèges publics, second degré entier, avec ou sans fermetures. Citer « 15 millions » sans dire de quoi on parle, comme on l’entend souvent, ne veut rien dire.
Reste qu’un élève de sixième qui entre au collège aujourd’hui en sortira, en quatre ans, avec près d’une année scolaire d’heures perdues. Le premier degré montre que ce n’est pas une loi de la nature : c’est une brigade de remplaçants qui manque.
Sources : Cour des comptes — Les heures d’enseignement non assurées au collège, rapport public · Cour des comptes — La gestion des absences des enseignants, rapport 2021